Diagnostic précoce de cancer : une conférence d’Astrid Brousselle

Astrid Brousselle, chercheure au Centre de recherche – Hôpital Charles-Le Moyne, présentera les résultats de son étude portant sur les déterminants du diagnostic précoce de cancer, vendredi le 27 novembre 2015 à midi à la salle HS044 du Centre intégré de cancérologie de la Montérégie (Hôpital Charles-Le Moyne).

Le milieu scientifique dispose de peu de données sur l’expérience des personnes au cours de la période qui précède le diagnostic de cancer. Pourtant, les écrits scientifiques s’entendent pour dire qu’un cancer diagnostiqué de façon précoce améliore le pronostic et la qualité de vie. Différents facteurs semblent influencer les délais : premièrement, les caractéristiques du cancer, deuxièmement les facteurs liés à l’organisation des services de santé et, troisièmement, les facteurs attribuables aux patients.

L’étude vise à documenter et comprendre les déterminants du diagnostic précoce de cancer. Elle s’appuie sur une enquête auprès de 438 patients qui avaient récemment reçu un diagnostic de cancer et des entrevues en profondeur auprès de patients qui avaient fait l’expérience de délais particulièrement courts ou, au contraire particulièrement longs avant de recevoir leur diagnostic. Les données d’enquête ont été complétées par des données cliniques sur la présence ou non de métastases au moment du diagnostic. L’équipe de recherche a cherché à comprendre le rôle joué par la source habituelle de soins de première ligne sur les délais prédiagnostic.

Anouk Sugar

Artiste visuelle : Anouk Sugàr
Utilisant les témoignages des patients recueillis dans le cadre de cette recherche, Anouk Sugàr, artiste visuelle, traduit en image, la période d’ambivalence qui précède la décision de consulter.

FAITS SAILLANTS
Combien de jours avant le diagnostic de cancer ?

Il s’écoule 104 jours entre les premiers symptômes et le diagnostic de cancer (délai médian). Le délai le plus court est d’une journée, le plus long, de 1160 jours soit plus de 3 ans. Le délai médian entre les premiers signes attribuables au cancer et le début de l’investigation est de 47 jours. Le délai médian entre le début de l’investigation clinique et le diagnostic est de 32 jours.

Qu’est-ce qui explique ces délais?

  • On observe que les délais entre les premiers symptômes et l’investigation sont plus courts si les patients rapportent une meilleure globalité des soins reçus à la source habituelle de soins de 1re ligne.
  • Pour ce qui est des facteurs personnels, si la personne est très occupée par son travail ou ses charges familiales, elle aura tendance à retarder le début de la démarche de consultation. Au contraire, si la personne a un solide réseau social ou familial, elle sera davantage encouragée à consulter rapidement.
  • Des délais plus courts durant la période d’investigation et le diagnostic sont associés à l’utilisation d’une autre porte d’entrée que la source habituelle de soins, principalement l’urgence.
  • Pour le cancer du sein, on observe une perte de temps associée à l’investigation séquentielle non intégrée. Le processus d’investigation pour le cancer du sein implique plusieurs étapes (RV auprès d’un médecin généraliste, mammographie, résultats communiqués par le médecin généraliste, radiographie, résultats communiqués par le médecin généraliste, biopsie, résultats communiqués par le médecin généraliste). Ce processus rallonge de façon considérablement les délais comparativement à une investigation organisée sur une seule journée où le médecin à l’origine de l’investigation n’est pas obligé d’intervenir.
  • La présence de métastases au moment du diagnostic n’est pas associée aux délais. Elle est plutôt associée au site du cancer. Il s’agit ici d’une bonne nouvelle, si les délais peuvent sembler longs, il semble que le système soit réactif selon la gravité des symptômes.
  • L’équipe a relevé plusieurs cas où des résultats d’examen positifs n’avaient pas été transmis en temps opportun au patient. Ceci soulève le besoin de créer un système d’alerte pour que ces situations d’oubli ne se produisent plus.
  • Enfin, l’équipe relève que les patients-experts qui disposent d’une bonne connaissance du système de santé deviennent des coordonnateurs actifs pour la période précédant leur diagnostic et bénéficient de délais plus courts, ce qui soulève des questions d’iniquités d’accès.

Pour connaître les faits saillants en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=OhmUCWwIy0w

Publications à ce jour

Sylvie Provost, Raynald Pineault, Pierre Tousignant, et al., “Does the Primary Care Experience Influence the Cancer Diagnostic Process?,” International Journal of Family Medicine, vol. 2015, Article ID 176812, 12 pages, 2015. doi:10.1155/2015/176812. Pour consulter l’article : www.hindawi.com/journals/ijfm/2015/176812/

À propos de la chercheure

Astrid-Brousselle-300x300Dans le cadre de son programme de recherche sur l’évaluation et l’amélioration du système de santé, Astrid Brousselle contribue au développement d’approches novatrices en évaluation qu’elle applique à large éventail de projets de recherche dans des domaines comme l’organisation des services de première ligne, l’intégration des soins, etc. L’objectif d’Astrid Brousselle est d’utiliser stratégiquement l’évaluation, en fonction des contextes de l’intervention et de l’évaluation, pour favoriser la transformation des pratiques. L’évaluation devient alors un levier pour l’amélioration du système de santé.

Astrid Brousselle est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Évaluation et amélioration du système de santé (EASY).

L’équipe de recherche qui a réalisé  ce projet :

  • Sylvie Provost, MD, Direction de santé publique de Montréal
  • Mylaine Breton, Ph.D., Centre de recherche – Hôpital Charles Le Moyne et Université de Sherbrooke
  • Dominique Tremblay, Ph.D., Centre de recherche – Hôpital Charles Le Moyne et Université de Sherbrooke
  • Raynald Pineault, MD, Direction de santé publique de Montréal, Université de Montréal et INSPQ
  • Danièle Roberge, Centre de recherche – Hôpital Charles Le Moyne et Université de Sherbrooke
  • Pierre Tousignant, MD, Direction de santé publique de Montréal, Université McGill et INSPQ
  • Lynda Benhadj, M.Sc., Centre de recherche – Hôpital Charles Le Moyne et Université de Sherbrooke
  • Mamadou Diop, Direction de santé publique de Montréal
  • Michel Fournier, Direction de santé publique de Montréal

 

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