Les patients ont beaucoup à nous apprendre. En donnant la parole aux patients partenaires de leurs soins, cette rubrique veut faire connaître des histoires inspirantes et des gestes qui font la différence dans la vie des personnes qui affrontent la maladie.
Affronter un choc de vie
La vie de Catherine Elek, à droite sur la photo, a basculé après la mort tragique de son frère handicapé. « Avant j’avais un fiancé. Nous allions acheter une maison. J’avais un poste en travail social. J’avais une bonne vie. J’ai tout perdu : mon emploi, mon conjoint, mon frère. Il a fallu que je refasse ma vie au complet. »
C’est au début des années 2000 que Catherine a perdu pied pour la première fois. Elle s’est retrouvée incapable de s’occuper d’elle-même, de son logement, de ses finances, de toute sa vie quotidienne finalement. Des années plus tard, grâce à sa détermination, le travail sur elle-même, l’espoir, la résilience et l’aide qu’elle a reçue, Catherine est devenue l’aidante naturelle de son père âgé et a entrepris des démarches pour travailler à nouveau dans son domaine.
Marie-Ève Bélanger, à gauche sur la photo, son éducatrice spécialisée au Soutien d’intensité variable* des services externes de psychiatrie du CISSS de la Montérégie-Centre l’avoue, des exemples de rétablissement comme celui de Catherine sont réjouissants. « Je pense à la Catherine en détresse couchée sur son divan, puis je vois la Catherine d’aujourd’hui : pimpante, belle, souriante. Quel travail! Catherine, c’est un beau cadeau pour moi, dans mon travail », dit-elle.
Réapprendre à vivre
Catherine a séjourné à deux reprises en psychiatrie depuis le décès de son frère. Pour se remettre de cet énorme choc dans sa vie, apprendre à vivre avec la maladie mentale et accepter la médication qui fait désormais partie de sa vie en bonne santé, elle a dû beaucoup cheminer.
Mme Elek est très élogieuse envers la psychiatre qui l’a soignée pendant six ans, qui a été une inspiration pour elle.
« Dre Lemire a été une personne très significative pour moi. Elle m’a donné du réconfort. On a développé une relation de confiance. Elle m’a aidée à accepter ma maladie, certaines limites. J’avais son écoute, son attention. C’était ma motivation à aller bien », relate-t-elle.
Actuellement, le suivi avec Dre Lemire est terminé. Mme Elek a reçu beaucoup d’outils pour pouvoir fonctionner seule.
Elle est aussi très élogieuse envers Marie-Ève, son éducatrice spécialisée, qui l’accompagnait dans ses petites victoires qui sont devenues au fil du temps d’immenses accomplissements.
« Elle a été très bonne. Elle a toujours respecté mon rythme, m’a toujours encouragée. J’ai toujours senti beaucoup de confiance de sa part pour que je puisse évoluer sur le chemin du rétablissement. C’est une personne à qui je pouvais parler et qui m’a permis d’évoluer. »
En effet, soutenir le développement de la confiance en soi chez un patient consiste pour les intervenants à :
- Souligner l’encouragement offert par des accomplissements positifs;
- Valoriser la persévérance du patient dans l’atteinte de ses objectifs personnels;
- Favoriser la capacité d’introspection de la personne. (1)
Des gestes porteurs d’espoir
« On a un rôle de porteurs d’espoir », illustre l’intervenante Marie-Ève Bélanger.
« Quand on a un problème de santé mentale, on est dans le noir, on se sent seul, on ne voit pas d’issue. Notre rôle, c’est de partir de ce que la personne souhaite améliorer dans sa vie, de l’encourager tout en étant réalistes et de faire confiance à son patient, à ses capacités de retrouver une vie meilleure. »
Car les patients sont libres de recourir ou non aux services du Soutien d’intensité variable, ajoute-t-elle. « On n’est pas là pour obliger la personne. On travaille avec elle, on crée des liens en respectant son rythme », explique-t-elle.
Catherine a travaillé très fort à son rétablissement. « Elle voulait toujours se dépasser, avancer. Elle était toujours présente à ses rendez-vous, volontaire, collaboratrice, ouverte et honnête quant aux défis à relever », observe l’éducatrice spécialisée.
Aujourd’hui, Catherine est non seulement capable de s’occuper d’elle-même, mais elle prend soin des autres. Elle a appris à mettre ses limites. Elle aimerait redonner ce qu’elle a reçu en devenant pair aidante auprès des gens qui ont des problèmes de santé mentale.
« J’ai toujours eu l’espoir en dedans, relate Mme Elek.
Même si parfois j’étais un peu découragée, je gardais toujours cette flamme de retrouver la qualité de vie que j’avais eue avant. Je suis fière de ce que j’ai réussi pour gérer la maladie grâce à ma force intérieure, ma résilience, mon
positivisme et l’aide que j’ai reçue de Marie-Ève, de Dre Lemire et de mon psychologue Claude Cadieux », fait-elle valoir.
Un partenariat de soins en santé mentale
*Le soutien d’intensité variable (SIV) est un service de santé mentale de première ligne offert dans le milieu de vie des personnes. Que ce soit à la maison, à l’école, au travail, etc., les interventions du SIV aident les personnes à développer leurs aptitudes individuelles afin d’accroître leur autonomie et d’améliorer leur condition. Ce service permet d’intervenir rapidement en cas de besoin afin de s’assurer que l’état de la personne reste stable ou s’améliore (2).
Les soins et services en santé mentale se fondent sur des pratiques collaboratives qui impliquent des intervenants de spécialités et de disciplines différentes qui travaillent ensemble à offrir des services complémentaires aux patients (3).
Ces soins sous-tendent également la notion de partenariat de soins qui se définit comme une relation de coopération/collaboration entre le patient, ses proches et les intervenants (cliniciens, gestionnaires ou autres) qu’il rencontre. C’est un processus dynamique d’interactions et d’apprentissages qui favorise l’autodétermination du patient, une prise de décisions libres et éclairées et l’atteinte de résultats de santé optimaux (4).
De plus, dans leur approche thérapeutique avec les patients en santé mentale, de nombreux intervenants utilisent l’approche de l’entretien motivationnel dont les principes sont :
- exprimer l’empathie;
- nommer les divergences;
- éviter l’argumentation;
- être à l’aise avec la résistance exprimée;
- soutenir l’autoefficacité (de la personne) » (5).
(1) White, Krista. A, Self-confidence, a concept analysis, Nursing Forum, 2009
(2) CSSS de la Pointe-de-L’Île, Le soutien d’intensité variable, un service en santé mentale de première ligne implanté dans sa communauté, 2012
(3) Faire ensemble et autrement, Plan d’action en santé mentale 2015-2020, ministère de la Santé et des Services sociaux, 2017
(4) Direction Collaboration et Partenariat Patient (DCPP) (2014). Programme Partenaires de soins : rapport d’étape (2011-2013) et perspectives. Montréal : Université de Montréal.
(5) Schoo, Adrian, Lawn Sharon, Supporting self-management of chronic health conditions : Common approaches, Flinders University, June 2009.